Note : Cette publication prolonge mon exposition Émaux à Base de Roches : Développer un langage géologique de matériaux alternatifs en céramique. Elle rassemble l’ensemble de mes publications précédentes (sur Instagram) au sein d’un document unique, afin d’en faciliter l’accès tout en proposant une exploration plus détaillée et approfondie du sujet.
Lépidolite magenta
Chaque publication de cette série adopte une structure similaire, en amorçant par un retour aux principes fondamentaux de la minéralogie afin de développer une compréhension plus approfondie des réactions chimiques qui se produisent lors de la cuisson. Le processus est documenté à l’aide d’une série d’images, présentant à la fois les matières premières et une sélection de résultats issus des tests d’émaux. J’espère que ces écrits vous seront utiles, instructifs et, potentiellement, inspirants pour vos projets à venir.
L’étape de broyage
Comme la plupart des roches de ce projet, j’ai trouvé celle-ci au bord de la route lors d’une promenade à l’été 2023. Contrairement aux autres lépidolites utilisées dans ce projet, elle ne présente pas d’énormes cristaux de quartz ni de veines qui la traversent. À la place, la roche forme un réseau cristallin très dense. Une fois broyée, elle s’est transformée en cette poudre de couleur rose pâle (ou presque). Pour la broyer, j’ai utilisé plusieurs des outils décrits dans le précédent article du blog. : Outils de transformation des roches en poudre fine pour les émaux en céramique : une introduction.
Composition minérale et considérations relatives à la fabrication des émaux
Note : L’analyse par fluorescence X (XRF) n’a pas pu être réalisée dans le cadre de ce projet, en raison des coûts impliqués, du grand nombre d’échantillons et de l’accès limité à des laboratoires. L’identification s’est donc appuyée sur une méthodologie rapide combinant observation visuelle, comparaison avec des types de roches similaires, tests de dureté et essais de fusion. Ce travail a été mené avec l’aide précieuse d’une amie, dont les capacités d’observation ont été déterminantes et à qui j’exprime toute ma reconnaissance. En l’absence de données XRF, l’ensemble des conclusions relatives à la composition minéralogique demeure provisoire ; bien que non définitives, elles constituent une base solide pour comprendre le matériau et orienter des investigations ultérieures.
Composition générale de cette roche :
- Lépidolite (Mica porteur de lithium)
- Quartz (Silice)
- TCalcite (Carbonate de calcium)
La température de cuisson et ses effets
Avant d’incorporer la roche dans des formulations d’émaux, j’ai réalisé des tests de fusion à cône 6 afin d’évaluer son comportement à haute température, plus précisément ses caractéristiques de fusion, sa réponse de surface et son potentiel de développement de couleur. Cette étape visait également à confirmer que le matériau pouvait être cuit de manière sécuritaire, sans projections ou fusion excessive. Je recommande fortement de procéder à ce type de test lorsqu’on travaille avec des matières premières ou peu connues. L’utilisation de petits contenants ou coupelles à parois, plutôt que de tuiles plates, permet de mieux protéger les plaques du four en cas de fluidité imprévue.
Par ailleurs, j’ai incorporé des fragments de cette roche directement dans l’une de mes pâtes, en ajoutant 5% de roche concassée par rapport au poids total de l’argile, afin d’observer son comportement au sein de la matrice argileuse.
La première série d’images présentée ci-dessous montre la roche sous forme de chamotte (c’est-à-dire en particules relativement grossières), en suivant les étapes du cru à la cuisson biscuit (cône 04), puis à la cuisson d’émail (cône 6). J’ai été particulièrement surpris par la blancheur obtenue après cuisson.



La deuxième série de photographies a été réalisée à partir de la roche sous forme pulvérisée (40 mesh et plus fin). Elle suit le même ordre : état brut, cuisson biscuit (cone 04), puis cuisson en glaçure (cone 6).



Enfin, comme mentionné précédemment, j’ai également ajouté un peu de chamotte dans l’un de mes corps d’argile. Les images ci-dessous suivent le même ordre de cuisson que celles présentées précédemment.



Recettes des émaux
Compte tenu du grand nombre d’échantillons de roche, j’ai choisi de m’éloigner des méthodes conventionnelles de tests par line-blend ou triaxial. À la place, tous les essais d’émaux ont été réalisés à partir d’une recette unique et constante : 85 % de roche concassée, 10 % de fondant et 5 % d’argile. La composante argileuse alternait entre le kaolin EP (EPK) et le Redart (R), tandis que les fondants testés incluaient le Gerstley Borate (GB), la dolomie (D), le whiting (W), l’oxyde de zinc (Z), la néphéline syénite (NS) et le carbonate de sodium (SA). Bien qu’une variation de ces proportions aurait pu produire une plus grande diversité de surfaces, le maintien d’une formule fixe a permis une analyse plus précise de l’influence spécifique de chaque fondant et de chaque argile.
Enfin, tous les émaux ont été testés sur différents corps d’argil : PSH 519, Tucker’s Mid Cal 5 et PSH 540i. Dans la section suivante, j’ai choisi de présenter une sélection de carreaux tests plutôt que l’ensemble complet.
Les émaux de lépidolite magenta : une vue d’ensemble
Tout comme l’autre lépidolite de cette série, les glaçures se situent principalement dans la gamme des blancs. Cela dit, comparé à l’autre, celui-ci ne présente pratiquement pas de surface vitreuse.
Glaçures utilisant Redart sur PSH 540i


Glaçures utilisant EPK sur PSH 519


Vous trouverez ci-dessous une courte série de vidéos, enregistrées au début de l’année 2024 (environ une minute chacune), dans lesquelles je partage mes observations prises sur le vif, y compris des réflexions autour de l’essai de fusion de la matière brute.
Lépidolite magenta : un regard de près
Les gros plans ci-dessous révèlent des détails qu’il serait autrement difficile d’apprécier à l’œil nu, notamment les changements de texture.







Aller au-delà des tests
Le véritable test d’un émail se révèle dans son application sur des pièces finies. Pour chaque roche de ce projet, j’ai sélectionné deux de mes émaux préférés et les ai appliqués à des jarres lune, afin de les présenter dans un contexte à la fois fonctionnel et esthétique. Ci-dessous, les deux jarres réalisées à partir d’émaux issus de cette lépidolite.
Jarre de Lune [É23M – 1]
Jarre de Lune [É23M – 2]
Comme toujours, merci de votre lecture !















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