Note : Cette publication s’inscrit dans le prolongement de mon exposition intitulée Émaux à Base de Roches : Développer un langage géologique de matériaux alternatifs en céramique. Mon objectif est d’agglomérer toutes les publications que j’ai faites précédemment en un seul document afin de faciliter l’accès à l’information et de fournir des détails plus approfondis sur le sujet.
Schiste à biotite (partie 2)
La structure générale de chaque publication de cette série est la suivante : un retour aux principes fondamentaux de la minéralogie, afin de proposer une compréhension plus approfondie des réactions chimiques qui se produisent lors de la cuisson. L’ensemble du processus est également documenté à travers une série d’images, présentant à la fois les matières premières et certains résultats issus des tests d’émaux. J’espère que ces écrits vous seront utiles, bénéfiques et, peut-être, inspirants pour vos projets à venir.
L’étape de broyage
J’ai trouvé cet échantillon au bord de la route lors d’une de mes promenades durant l’été 2023. Il ressemble beaucoup un autre schiste à biotite de cette série. Si vous êtes intéressé par certains des outils que j’ai utilisés dans ce projet pour traiter les roches, j’ai écrit un petit blog sur le sujet : Outils de transformation des roches en poudre fine pour les émaux en céramique : une introduction..
Composition minérale et considérations relatives à la fabrication des émaux
Note : Malheureusement, il ne m’a pas été possible de réaliser des analyses XRF dans le cadre de ce projet, à la fois en raison des coûts engendrés (compte tenu du grand nombre d’échantillons) et du manque d’accès à des laboratoires appropriés dans la région environnante. J’ai donc dû m’appuyer sur un processus d’identification relativement rapide et rudimentaire, fondé sur l’observation visuelle, la comparaison avec des roches similaires et des tests de dureté. Ce travail a été mené échantillon par échantillon avec l’aide d’un ami, à qui je suis profondément reconnaissant ; sans ces informations, il n’aurait pas été possible de construire un récit aussi riche autour de la fabrication de ces glaçures à base de roche.
Les minéraux présents dans cette roche sont les suivants :
- Biotite (Fer et Potassium)
- Muscovite (Potassium)
- Quartz (Silica)
D’après l’assemblage minéralogique identifié, ce schiste à biotite est principalement composé de minéraux fondants couramment rencontrés en céramique. La dominance de la biotite indique une teneur élevée en potassium et en fer, tandis que la présence de muscovite renforce encore l’apport du potassium en tant que fondant important. Le quartz fournit une source limitée de silice, mais sa proportion semble relativement faible par rapport à celle des micas. Par conséquent, bien que cette composition suggère un fort potentiel de fusion et la possibilité de développer des émaux riches en fer allant de teintes brunes à noires, il demeure incertain que la quantité de silice disponible soit suffisante pour assurer une fusion stable sans ajout externe de silice.
La température de cuisson et ses effets
Des essais de fusion ont été réalisés avant d’incorporer la roche à d’autres matériaux dans les formulations de glaçure. Cette étape préliminaire avait deux objectifs : d’une part, acquérir une compréhension générale du comportement de la roche au cône 6, notamment ses caractéristiques de fusion et son potentiel chromatique global ; d’autre part, s’assurer qu’elle pouvait être cuite en toute sécurité dans le four (par exemple, en identifiant les risques tels que les projections ou une fusion excessive). C’est une étape que je recommande vivement, car elle fournit des informations essentielles avant de passer aux essais complets de glaçure. Lors de la réalisation de ces essais, je conseille également d’utiliser de petits bols ou des récipients fermés dotés de parois plutôt que des carreaux plats, car ils offrent une meilleure protection pour les étagères du four en cas de surfondue inattendue.
Aussi, j’ai intégré des fragments de cette roche directement dans l’une de mes pâtes d’argile afin d’observer leur comportement. J’ai ajouté de la roche concassée à hauteur de 5 % du poids total de l’argile
La première série d’images présentée ci-dessous a été réalisée à partir de la roche utilisée sous forme de chamotte (c’est-à-dire en fragments relativement grossiers). L’ordre de présentation va de l’état brut, à la cuisson biscuit (cône 04), puis à la cuisson d’émail (cône 6). L’échantillon contenant cette chamotte montre une fusion très limitée.



La deuxième série de photographies a été réalisée à partir de la roche réduite en poudre (tamis de 40 mesh et plus fin). Elle suit le même ordre : de l’état brut à la cuisson biscuit (cône 04), puis à la cuisson de l’émail (cône 6). Ce qui m’a surpris, c’est que, contrairement à l’autre schiste à biotite, celui-ci ne fond pas complètement. En effet, il reste assez granuleux au toucher.



Enfin, comme je l’ai mentionné plus haut, j’ai également incorporé de la pierre concassée dans l’une de mes pâtes d’argile. Les images ci-dessous suivent le même ordre de cuisson que celles ci-dessus. La tuile finale me rappel le sable de fer.



Recettes des émaux
Compte tenu du grand nombre d’échantillons de roche impliqués, j’ai choisi de ne pas recourir aux méthodes conventionnelles de line-blending ou de triaxial. J’ai plutôt développé une recette de base unique et constante pour l’ensemble des tests d’émaux, définie par des proportions fixes : 85 % de roche concassée, 10 % de fondant et 5 % d’argile. Pour la composante argileuse, j’ai travaillé à la fois avec le kaolin EP (EPK) et le Redart (R). Les fondants testés incluent le Gerstley Borate (GB), la dolomie (D), le whiting ou carbonate de calcium (W), l’oxyde de zinc (Z), la néphéline syénite (NS) et le carbonate de sodium (SA). Bien que la variation de ces proportions aurait pu produire une plus grande diversité de résultats, le maintien d’une recette stable a permis d’isoler, d’approfondir et de mieux comprendre les rôles spécifiques de chaque fondant et de chaque type d’argile au sein du système d’émaux.
Enfin, tous les émaux ont été testés sur différents types d’argile (PSH 519, Tucker’s Mid Cal 5, PSH 540i). Dans la section suivante, j’ai décidé d’inclure quelques tuiles d’essai sélectionnés au lieu de l’entiereté.
Les émaux avec schiste à biotite : vue d’ensemble
Les émaux obtenus à partir de ce schiste à biotite comme ingrédient principal révèlent une riche gamme de couleurs et de textures de surface, en continuité avec les résultats obtenus précédemment avec une amphibolite ainsi qu’un autre schiste à biotite. Bien que de nombreux émaux s’inscrivent globalement dans la famille des bruns ferrugineux, chacun présente des particularités distinctes, notamment des mouchetures violettes et des veinures orangées à rougeâtres. Parmi eux, le résultat le plus marquant est l’émail à base de zinc, qui développe une teinte et une surface rappelant un jaune moutarde ancien.
Glaçures utilisant Redart sur PSH 540i


Glaçures utilisant Kaolin sur PSH 519


Vous trouverez ci-dessous une courte série de vidéos (enregistrées au début de l’année 2024 et d’une durée d’environ une minute chacune) partageant mes réflexions à propos de chacun des émaux, y compris le test de fonte brute.
Émaux avec schiste à biotite : un regard de près
Quelques photos supplémentaires des glaçures réalisées.






Aller au-delà des tests
La dernière étape des tests d’émaux consiste en l’application des émaux sur des pièces finies. Pour chaque roche de ce projet, j’ai sélectionné deux de mes résultats d’émaux préférés et les ai appliqués à des jarres lune afin d’évaluer leur comportement dans un contexte à la fois fonctionnel et esthétique. Ci-dessous, les deux jarres lune réalisées à partir d’émaux issus de ce schiste à biotite.
Jarre de Lune [É23J – 1]
Jarre de Lune [É23J – 2]
Comme toujours, merci de l’intérêt que vous portez à mon travail. J’espère que cette publication vous sera à la fois utile et source d’inspiration.














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