Note : Cette publication prolonge mon exposition Émaux à Base de Roches : Développer un langage géologique de matériaux alternatifs en céramique. Elle rassemble l’ensemble de mes publications précédentes (sur Instagram) au sein d’un document unique, afin d’en faciliter l’accès tout en proposant une exploration plus détaillée et approfondie du sujet.
Feldspath rose
Comme pour tous les articles précédemment publiés dans cette série consacrée aux émaux à base de roche, cet article est structuré comme suit : un aperçu des composants minéralogiques de la roche, des photos montrant la roche broyée à différentes étapes de la cuisson, des photos des émaux créés en utilisant cette roche comme ingrédient principal, et enfin, la présentation de deux vases « moon jars » mettant en valeur deux des émaux créés.
L’étape de broyage
Comme pour plusieurs des roches de cette série, j’ai trouvé cet échantillon dans un fossé près de chez moi. Son apparence extérieure plutôt discrète cache un intérieur rose profond, à l’aspect marbré. Une fois concassée, la matière se transforme en une poudre fine de couleur rose pâle. Pour la broyer, j’ai utilisé plusieurs des outils décrits dans le précédent article du blog. : Outils de transformation des roches en poudre fine pour les émaux en céramique : une introduction.
Composition minérale et considérations relatives à la fabrication des émaux
Note : Malheureusement, je n’ai pas pu réaliser d’analyse XRF dans le cadre de ce projet, en raison à la fois des coûts liés au grand nombre d’échantillons et de l’accès limité à des laboratoires appropriés dans la région. Par conséquent, j’ai dû m’appuyer sur un processus d’identification relativement rapide et simplifié, incluant l’observation visuelle, la comparaison avec des roches similaires, ainsi que des tests de dureté et de fusion. Ce travail a été réalisé avec l’aide d’un ami, dont les capacités d’observation se sont révélées précieuses, et envers qui je suis très reconnaissant. En l’absence de données XRF, la composition minéralogique proposée demeure hypothétique. Encore aujourd’hui, je ne peux affirmer avec certitude que toutes les interprétations présentées ci-dessous sont entièrement exactes; néanmoins, elles constituent un point de départ pertinent pour orienter des recherches futures.
Cet échantillon de quartz/feldspath est d’un rose foncé, et semble être principalement composé de :
- Felspath (Potassium, Sodium)
- Quartz (Silica)
Sur la base de cette composition minéralogique, j’ai supposé que le matériau ne fondrait pas de lui-même, ces composantes étant généralement réfractaires à l’état brut. Cela dit, il devient un excellent candidat pour le développement d’émaux lorsqu’il est combiné à de petites quantités d’argile et de fondants.
La température de cuisson et ses effets
Avant d’incorporer la roche dans des formulations d’émaux, j’ai réalisé une série de tests de fusion afin d’observer son comportement à cône 6. Cette étape préliminaire remplissait deux fonctions principales : d’une part, elle permettait de mieux comprendre la réaction du matériau à haute température, notamment son comportement à la fusion et son potentiel de développement de couleur; d’autre part, elle servait à vérifier que la roche pouvait être cuite de manière sécuritaire, sans projections ni sur-fusion. Je recommande fortement cette démarche à toute personne travaillant avec des matières premières ou peu connues. Si vous souhaitez effectuer ce type de test, l’utilisation de petits contenants à parois, plutôt que de tuiles plates, permet de mieux protéger les plaques du four en cas de fluidité excessive.
Par ailleurs, j’ai incorporé de la roche concassée directement dans l’une de mes pâtes, à hauteur de 5 % du poids total de l’argile. Cela m’a permis d’observer le comportement du matériau au sein de la matrice argileuse.
La première série d’images ci-dessous présente la roche sous forme de chamotte (c’est-à-dire en particules relativement grossières), en suivant les étapes du cru à la cuisson biscuit (cône 04), puis à la cuisson d’émail (cône 6). À ce stade final, l’échantillon demeure complètement non fondu, produisant une texture granuleuse. La coloration est majoritairement blanche, ponctuée de taches noires et orangées, probablement dues aux impuretés présentes dans la roche.



La deuxième série d’images montre la roche sous forme pulvérisée (40 mesh et plus fin), selon la même séquence : cru, biscuit (cône 04), puis cuisson d’émail (cône 6). Comme pour le test en chamotte, cet échantillon ne présente aucun signe de fusion.



Enfin, comme mentionné précédemment, j’ai également ajouté de la chamotte à l’une de mes pâtes. Les images ci-dessous suivent la même séquence de cuisson que précédemment. À peine visible à l’état cru, la chamotte le demeure tout au long du processus de cuisson.



Glaze Recipes
Compte tenu du grand nombre d’échantillons de roche avec lesquels je travaillais, j’ai choisi de m’éloigner des méthodes conventionnelles de type line-blend et triaxial. J’ai plutôt établi une recette de base constante pour l’ensemble des tests d’émaux : 85 % de roche concassée, 10 % de fondant et 5 % d’argile. Pour la composante argileuse, j’ai alterné entre le kaolin EP (EPK) et le Redart (R). Les fondants testés incluent le Gerstley Borate (GB), la dolomie (D), le whiting ou carbonate de calcium (W), l’oxyde de zinc (Z), la néphéline syénite (NS) et le carbonate de sodium (SA). Bien qu’un ajustement des proportions aurait pu produire une plus grande diversité de surfaces, le maintien d’une formule fixe a permis de mieux isoler et analyser l’influence spécifique de chaque fondant et de chaque argile sur les résultats finaux.
Toutes les glaçures ont été testées sur différents corps d’argile (PSH 519, Tucker’s Mid Cal 5, PSH 540i). Dans la section suivante, j’ai inclus une sélection choisie de carreaux tests plutôt que l’ensemble complet.
Les émaux de feldspath rose : une vue d’ensemble
Certaines des glaçures obtenues me rappellent celles réalisées à partir de granit à biotite. Leur texture varie d’un aspect vitreux assez lisse à celui du sable rugueux.
Glaçures utilisant Redart sur PSH 519


Glaçures utilisant EPK sur PSH 540i


Vous trouverez ci-dessous une courte série de vidéos, enregistrées début 2024 (chacune d’une durée d’environ une minute), dans lesquelles je partage mes réflexions sur cette roche.
Feldspar rose : un regard de près
Voici quelques plans rapprochés des émaux.







Aller au-delà des tests
Les photos ci-dessous présentent deux vases « moon jars » recouverts d’un des émaux réalisés à partir de ce feldspath rose.
Jarre de Lune [É23K – 1]
Jarre de Lune [É23K – 2]
Merci !


















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